Blanche
Au commencement des temps,
après qu'il eût posé le bleu au ciel,
après qu'il eût donné le vert à l'herbe des champs,
qu'il eût fait les ocres de la terre,
et qu'il eût appris au levain l'échauffement,
le soleil eut soif.
Il tourna les yeux vers les eaux des mers,
celles des longs fleuves paresseux,
celles des grands lacs, celles des étangs.
Mais aucune ne le satisfit.
Il contemplait la terre lorsque
des éclats de lumière attirèrent son regard
vers la Grande Montagne.
Il en vit jaillir
une eau malicieuse
qui bondissait de rocher en rocher
vers la vallée.

Pour se glisser sous les frondaisons
et venir s'abreuver à cette eau pure,
ses rayons prirent
forme d'homme.
Il put ainsi étancher sa soif.
Et cette eau claire comme sa lumière,
il la nomma
Blanche.
Il se sentit si bien
qu'il s'endormit près d'elle.
Il y dort encore aujourd'hui.
Et le soleil depuis
n'a jamais quitté
Blanche,
y bénissant
la vie.